• Elise

changer son smartphone en 2022 : quelles solutions écoresponsables ?

Changer son smartphone est une question qui se pose plus ou moins régulièrement à chacun depuis une grosse dizaine d’années. Pour des raisons diverses et personnelles, nous souhaitons tous renouveler cet outil quotidien. Mais l’époque où on attendait d’avoir suffisamment de points de fidélité sur son compte client pour renouveler son téléphone en se réengageant au passage pour 24 mois est révolue et les solutions, tout comme les marques et les modèles, sont nombreuses.


Dans ce nouvel article, nous allons revenir sur les solutions existantes, en essayant d’envisager leur soutenabilité. Mais avant ça, nous reviendrons sur le coût social et écologique de la production d’un smartphone. Plusieurs études démontrent en effet que c’est la fabrication qui représente la plus grosse part de l’empreinte écologique d’un smartphone.



Le coût environnemental d’un smartphone en 2022


Un téléphone pèse aujourd’hui quelques centaines de grammes. Pourtant, pour pouvoir prendre des photos, des vidéos, les regarder ou les partager sur internet ou les réseaux sociaux, jouer, lire le journal et téléphoner, le développement de cet objet omniprésent dans notre vie recourt à une montagne de technologies électroniques basées sur des matériaux rares, ou critiques pour la plupart. Entre l’écran en verre, la coque en polymère ou en alliage de magnésium, les terres rares et le silicium de l’électronique, le lithium et le cobalt des batteries, ce sont pas moins de 70 matériaux différents qui sont présents. Certains de ces matériaux sont assez largement présents sur Terre mais très compliqués à obtenir, comme les terres rares. Leur extraction est en effet source de pollutions très importantes, entre le rejet de métaux lourds, l’injection dans le sol de sulfate d’ammonium ou l’émission de radioactivité par les minéraux qui contiennent ces terres rares. Les gisements de ces matériaux étant par ailleurs localisés dans quelques pays seulement, dont plus de 30% en Chine, ils sont sources de tensions géopolitiques fortes.


D’autres matériaux, exploités depuis longtemps, sont plus facilement accessibles mais leur disponibilité commence à devenir critique, comme pour le cuivre ou l’aluminium. Au total, pour produire un smartphone de 150 g en moyenne, il faut en moyenne 44 kg de matières premières, soit un facteur de quasiment 300 !


L’empreinte carbone d’un smartphone tout au long de son cycle de vie est, elle, estimée à environ 56 kg équivalent CO2. La part de la production (qui comprend l’extraction des ressources, la production des composants, l’assemblage, la distribution, les multiples trajets entre les lieux de ces différentes opérations) est environ 3 fois celle de l’usage du téléphone (téléphonie, streaming, jeux…) et de sa fin de vie (circuits de récupération, recyclage, incinération, enfouissement). Autant dire que la production a un impact majeur, et que le corollaire de cela est qu’il est indispensable de faire durer son téléphone le plus longtemps possible.


On ne peut pas non plus négliger l’impact social et sociétal de la production de smartphones, puisque l’extraction des matériaux (essentiellement en Afrique Centrale, en Asie du Sud-Est ou Amérique du Sud), la fabrication des composants (essentiellement en Chine et Asie du Sud-Est) et l’assemblage final (en Chine) se font dans des pays où le droit du travail est peu présent et peu respecté. Ainsi, plusieurs marques de téléphones, toutes nationalités confondues, ont été citées comme faisant réaliser leurs assemblages en Chine dans des camps de travail forcé ouïghours.


Malgré tout, le nombre de téléphones vendus dans le monde ne cesse de croître d’année en année. Ainsi, entre 2007, année de l’apparition du premier iphone et 2018, il s’est vendu 10 milliards de smartphones. Rien qu’en 2018, ce sont 1,5 milliards de nouveaux terminaux qui ont été mis sur le marché. En France, la durée moyenne entre deux renouvellements de smartphones se situe autour de 2 ans, bien que dans 88% des cas, l’ancien mobile fonctionne encore. Signe encourageant, cette durée d’utilisation moyenne se serait allongée entre 2013 et 2019 de 6 à 12 mois, pour atteindre entre 26 et 37 mois en 2019.


Pourtant, ces terminaux pourraient durer au moins 5 ans, voire 10, selon une étude publiée par l’Arcep, l’autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse en 2021. Ce qui limite la durée de vie de ces appareils, c’est d’une part l’obsolescence logicielle, qui rend difficile ou même impossible la mise à jour des systèmes d’exploitation et des applications après 2 à 3 ans. Mais c’est aussi très fortement l’obsolescence culturelle liée à une offre sans cesse renouvelée de téléphones plus puissants, avec plus de fonctionnalités, aux designs toujours plus tendances et aux usages sans cesse renouvelés. Plusieurs prévisions indiquent par exemple un fort renouvellement à venir et une réduction importante de la durée moyenne d’utilisation entre 2023 et 2025 avec le déploiement de la 5G.


Se passer de smartphone en 2022


Alors au moment de faire le deuil de son smartphone actuel, la question se pose : faut-il vraiment avoir un smartphone ? Peut-on être « écolo » et avoir un smartphone ? N’est-ce pas complètement dissonant quand on s’informe un tant soit peu sur l’impact écologique de cela ? Ces questions ont été détaillées dans un récent article de Bon Pote et voilà ce qu’on peut en retenir. Certes, il sera toujours plus écologique de posséder un simple téléphone portable qu’un smartphone de haut niveau. Cependant, cet outil fait aujourd’hui tellement partie de nos vies qu’il peut être excluant et désocialisant de s’en passer. Cela va dans le sens des propos ciblant les "écologistes amish" ou souhaitant revenir à la bougie. On peut en effet questionner les modes de vie et de consommation sans pour autant renoncer à tout. De plus, les smartphones sont des outils quotidiens pour partager de l’information, diffuser des idées et vous permettre, par exemple, de lire cet article.


En somme, se passer de smartphone aujourd’hui est un vrai sacerdoce et il semble peu envisageable que cela se fasse à grande échelle. Mais alors, comment faire son choix de la manière la plus responsable possible ?


Durabilité, réparations et mises à jour


On l’a dit, l’impact de la téléphonie mobile se situe majoritairement dans la production d’appareils. La première solution est donc bien de choisir un téléphone qui va durer le plus longtemps possible et d’en prendre soin. Que ce soit la durabilité physique ou logicielle, il est bien possible de faire durer un téléphone plus de 24 mois, le temps de renouvellement moyen en France. La disponibilité des téléphones, la multiplicité des marques, les incitations à la consommation permanente, la facilité de changer son mobile, nous font oublier la valeur matérielle et écologique de ces objets, mais il est temps de prendre conscience de l’illusion que représente cette facilité à changer en permanence.


On ne fera pas là la comparaison des marques les plus résistantes, ou des solutions techniques permettant de maintenir à jour son téléphone. Ces informations se trouvent assez facilement sur internet. Mais réfléchir à ses usages, protéger correctement son téléphone, faire réparer son téléphone autant que possible sont des actions à avoir en tête pour augmenter la durée de vie matérielle. La durée de vie logicielle peut aussi être allongée en faisant les mises à jour de son système, mais en évitant les mises à jour de confort. Ce n’est malheureusement pas toujours facile de s’y retrouver pour l’utilisateur non initié. Un projet de loi est en cours pour imposer aux fabricants d’assurer la disponibilité de ”mises à jour nécessaires au maintien de la conformité du smartphone pendant une durée correspondant à la durée d’usage attendue, par exemple 5 ans pour un smartphone”, tout en assurant une transparence sur la nature des mises à jour.


Le coût économique d’un changement d’écran ou de batterie peut apparaître plus important que le coût d’un nouveau téléphone, mais on peut aussi essayer de changer son regard et d’estimer le coût social et environnemental.


Reconditionné rebondissant


Le renouvellement des téléphones est aujourd’hui encore plus facile avec l’apparition de nombreux sites permettant l’achat reconditionné. Backmarket, Fnac, Darty, et bien d’autres proposent d’acheter des téléphones non pas neufs mais ayant été utilisés quelques mois ou années. Ces téléphones sont révisés, réparés et offrent une garantie de reconditionnement. Leur prix réduit permet de bénéficier d’un téléphone de qualité, et en plus, on n’achète pas un téléphone neuf, ce qui réduit bien évidemment l’impact de fabrication de l’appareil. Le tableau semble parfait.


Pourtant, ce qu’on voit pointer derrière cela, c’est l’effet rebond associé directement à ces reventes facilitées. En effet, si la personne qui achète un téléphone reconditionné permet qu’un téléphone neuf de moins soit mis sur le marché, il faut avoir en tête que la personne qui revend son smartphone en achète, elle, probablement un neuf. Et la facilité à revendre son téléphone sur un site sûr, à un prix intéressant, peut inciter à l’inverse à des renouvellements plus fréquents. Malgré tout, les sites de vente de téléphones reconditionnés ne se fournissent pas uniquement auprès de particuliers mais également auprès d’entreprises de location de smartphones, d’opérateurs ayant des invendus ou d’entreprises qui renouvellent leurs flottes pour leurs employés.


Le rapport de l’Arcep, publié en juin 2021, indique une augmentation de 25% du nombre de smartphones reconditionnés vendus entre 2019 et 2020, soit un total de 2,8 millions d’appareils vendus par ce biais. Plus intéressant encore, ce même rapport précise que 50% des Français se disent prêts à acheter un appareil reconditionné. Le fait que le téléphone reconditionné passe par des mains professionnelles pour être révisé et qu’il bénéficie d’une garantie, de 6 à 12 mois en général, lui confère une sécurité rassurante pour les acheteurs. Le reconditionné représente alors deux tiers des ventes d’appareil d’occasion, le tiers restant venant des ventes directement entre particuliers.


Malgré l’effet rebond, qui peut être limité par un équilibre à trouver sur les prix de rachat/revente, un tout récent rapport de l’ADEME montre que l’achat reconditionné réduit de 77 à 91% l’impact environnemental d’un smartphone.

L’achat d’un téléphone d’occasion est donc une solution simple et intéressante mais qui ne doit pas empêcher de questionner son besoin, la nécessité de changer son téléphone et la façon dont on va l’utiliser. Sans être Amish, il ne coûte pas beaucoup de se demander quels usages supplémentaires nous garantira la 5G et donc la nécessité de renouveler son terminal pour cela.


Initiative vertueuse : LE fairphone


Parmi les fabricants de téléphone, un en particulier ressort du lot quand on s'intéresse à l’impact environnemental. L'entreprise hollandaise Fairphone propose en effet depuis 10 ans des smartphones plus vertueux. Cela passe par plusieurs aspects. D’abord, les fairphones sont des téléphones avec un très fort indice de réparabilité, le plus élevé sur le marché aujourd’hui. Cela signifie que le smartphone est très facilement démontable afin de changer un grand nombre de composants facilement, comme la batterie, l’appareil-photo, le micro. Ces éléments sont disponibles pendant plusieurs années sur le site de la marque. De plus, les systèmes logiciels sont maintenus pendant plusieurs années et le Fairphone est garanti 5 ans.


Une vigilance particulière est également portée sur les conditions d'approvisionnement de certains matériaux critiques, comme l’or ou le cobalt notamment. Pour ces matériaux, les conditions environnementales et sociales d’approvisionnement sont regardées de près et certifiées par des organismes indépendants. L’entreprise investit fortement de façon à améliorer ses circuits d’approvisionnement.


Les fairphones portent donc leur nom du mieux qu’ils peuvent (fair = juste en anglais). Mais cela a un coût certain. Si les fairphones se situent dans des gammes de prix cohérentes par rapport au reste du marché, leurs performances sont tout de même limitées à coût équivalent. C’est donc un vrai choix et un engagement fort pour l’environnement que d’opter pour un Fairphone. Mais c’est un choix qui permet aussi de soutenir ce type de modèle économique, de faire entendre la voix de consommateurs soucieux des impacts sociaux et écologiques de leurs achats. Si les ventes de téléphones plus vertueux se multiplient, cela encouragera sans aucun doute les fabricants à être de plus en plus vigilants et engagés.


CONCLUSION


Occasion, reconditionnement, marque la plus éthique possible… Malgré le nombre d’options pour changer son smartphone qui existent aujourd’hui, le plus important est toujours de faire durer le plus longtemps possible son téléphone. La fabrication est bel et bien la source principale de l’empreinte carbone et écologique d’un mobile.

Une fois qu’on a opté pour la solution appropriée à son mode e, n’oublions pas de recycler son vieux smartphone, en le revendant ou, s’il est vraiment trop vieux, en le donnant, par exemple sur https://www.jedonnemontelephone.fr/. Ainsi, le téléphone sera récupéré, désossé et les composants ou matériaux récupérables permettront un cycle de vie encore amélioré.


Pour finir, le 19 mars prochain a lieu le Cyber world clean up day, une journée de sensibilisation à l'impact environnemental du numérique. Une occasion très concrète de questionner se pratiques, en nettoyant ses données numériques et en offrant une deuxième vie à son téléphone. A vous de jouer !

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