• Elise

Effets de mode


Source : medium.com

Nous avons récemment parlé des bienfaits du jeu pour s’engager durablement dans le changement alors aujourd’hui, commençons par un petit quiz :


A/ Savez-vous combien de litres d’eau sont nécessaires à la fabrication d’un t-shirt ?

  1. 100

  2. 2500

  3. 50 000

B/ Combien de pays sont impliqués au minimum dans la production d’un jean ?

  1. 2

  2. 4

  3. 6

C/ Combien de kilos de vêtements achetons-nous chaque année en France ?

  1. 5 kg

  2. 10 kg

  3. 20 kg


Réponses : A/2 – B/3 - C/2


Vous avez tout bon ? Bravo ! Mais poursuivez quand même votre lecture, on ne sait jamais, vous pourriez y trouver de bonnes idées !

Vous n’avez pas su répondre et ces chiffres vous interrogent ? Vous vous demandez ce que vient faire le sujet de la mode dans un blog qui parle d’écologie ?

Cet article va vous en dire un peu plus sur l’industrie de la mode, une des plus polluantes au monde et surtout, vous donnez des leviers d’action !


Le parcours d’un t-shirt ou la face cachée de la mode


Commençons par retracer la chaîne de production de nos vêtements. Pour parvenir jusqu’au rayon du magasin, le joli t-shirt que vous avez très envie d’acheter a parcouru un sacré chemin, du champ de coton au centre de logistique en passant par les ateliers de filage, tissage ou couture.

Cela commence par la production de la fibre. La culture du coton se fait en Inde, en Chine, aux États-Unis, au Brésil, en Grèce ou en Australie, dans des pays chauds et secs. Le coton est ensuite envoyé vers l’Asie du Sud-Est, l’Inde, l’Europe du Sud ou le Japon pour être filé et tissé puis ennobli (c’est-à-dire qu’on enduit le tissu de différentes substances pour qu’il soit plus résistant, pour qu’il soit teint ou imprimé).

D’autres fibres naturelles sont utilisées pour nos vêtements, comme le lin, produit en Europe, notamment en France, mais aussi en Chine ou en Égypte et le chanvre, qui vient lui aussi de Chine et de France.

De nombreuses fibres synthétiques sont aussi apparues dès le début du XXème siècle et se sont démocratisées depuis les années 1950/60, telles que le nylon, l'élasthanne, l’acrylique ou le polyester. Ces fibres sont produites pour 70% d’entre elles à partir de dérivés pétroliers, avant d’être tissées ou incorporées au coton pour le rendre plus élastique.


Les étoffes voyagent ensuite jusqu’aux pays dans lesquels on trouve les ateliers de confection, majoritairement l’Inde, le Bangladesh, l’Asie du Sud-Est, le Mexique et le Maghreb où elles sont rejointes par le fil et la mercerie (boutons, fermetures, rivets entre autre) arrivés d’Europe et du Japon. Le voyage continue ensuite jusqu’aux lieux de stockage avant que les vêtements soient vendus et utilisés, pour la plupart dans les pays occidentaux… avant de repartir pour une certaine partie pour une seconde vie ou la destruction vers la Chine ou l'Asie plus largement.

Nos vêtements parcourent donc des distances folles, plus que nous-mêmes au cours d’une vie. Un jean voyage par exemple sur près de 65 000 km sur l’ensemble de son cycle de vie.

Ce long périple n’est pas sans conséquence pour la planète. Production de matières premières, transport, usage et entretien sont les principales sources de l’impact écologique de nos vêtements.


Les effets néfastes de l'industrie textile


La production du coton représente à elle seule une part importante de cette empreinte. Le coton est une plante fragile et exigeante, qui demande de la chaleur, mais aussi de l’eau en quantité et l’usage constant de pesticides pour la protéger des maladies. Si la culture du coton n’utilise que 2,5% des terres agricoles mondiales, elle est responsable de 25% de la quantité de pesticides utilisés dans le monde et c’est la troisième consommatrice d’eau d’irrigation après le riz et le blé.

La viscose ou le tencel, ces tissus souples et fluides, sont certes issus de ressources naturelles, comme la pulpe de bois. Mais pour obtenir une fibre, d’intenses traitements chimiques sont nécessaires, avec des dégâts environnementaux comme la pollution des sols, des cours d’eau, des terres agricoles dans les pays de production souvent très loin des pays où les vêtements sont effectivement portés.

Quant aux tissus synthétiques, s’ils sont issus du pétrole, ils représentent une faible part de l’extraction annuelle de barils. Leur impact se situe plutôt dans l’usage du vêtement, même si leur production génère l’émission de Composés Organiques Volatiles (COV), des substances carbonées issues de l’évaporation de solvants nocives pour la santé et l’environnement.

Car si le transport et les 65000 km parcourus par notre jean ont un impact non négligeable, une étude menée par l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) indique que la part de l’usage et l’entretien dans l’effet sur le réchauffement climatique est de 40%. Utilisation de détergent dans la lessive, consommation d’une électricité pas toujours décarbonée pour le lavage, séchage et repassage, émission de microparticules de plastiques, surtout pour les vêtements synthétiques sont autant de sources de pollution liées à l’entretien de nos vêtements.

A cette liste non exhaustive, il faut ajouter les impacts sociaux et sociétaux de l’industrie de la mode, et en particulier de la mode jetable. De nombreuses marques produisent ou livrent des vêtements dans des conditions de travail désastreuses. Nous ne détaillerons pas cet aspect dans l’article mais plusieurs pistes pour aller plus loin sont données en fin d’article.


On l’a compris, le constat n’est pas brillant et il interpelle fortement nos habitudes. Pourtant, la mode est un des secteurs de consommation dans lequel nos dissonances cognitives s’expriment le plus. Vous savez, ces moments où nos actes ne s’accordent pas avec nos idées, générant un petit malaise par-dessus lequel on passe plus ou moins facilement. D’où vient ce décalage ? Pourquoi avons-nous tellement envie d’acheter de nouveaux vêtements, même si on est convaincu du coût environnemental et sociétal que cela représente ?


Besoin de mode : besoin vital ? pourquoi achète-t-on des vêtements ?


On pourrait se dire qu’on achète des vêtements d’abord parce qu’on en a besoin. Parce qu’on change de taille, de silhouette, d’activités sportives ou professionnelles, parce que nos enfants grandissent. Il est normal et naturel de combler ce besoin de se vêtir pour se sentir protégé mais aussi à l’aise, avec une image de nous-même qui nous fait nous sentir bien.

Mais ce besoin naturel a évolué vers une consommation excessive et parfois irraisonnée qui fait qu’on achète, et donc qu’on produit, de plus en plus de vêtements. Ainsi, entre 2000 et 2015, la consommation de vêtements a augmenté de 60%, réduisant d’autant plus le nombre de fois qu’une pièce est portée avant d'être éliminée.

En fait, l’engouement pour l’achat de vêtements répond aussi à notre besoin d’appartenance à un groupe. Maîtriser notre garde-robe, lui faire suivre les codes du groupe auquel on souhaite appartenir nous assure un meilleur sentiment d’acceptation. Et ce sentiment d’acceptation sociale est très profondément ancré dans notre cerveau, du temps où notre survie dépendait de notre intégration dans un groupe. Pas facile d’échapper à des millénaires de développement cognitif !

De plus , le plaisir de la nouveauté est un moteur puissant. La possession d’un nouveau jean, ou d’une nouvelle robe nous fait sécréter de la dopamine, l’hormone du plaisir, ce qui nous pousse encore plus à l’achat même si le plaisir est fugace. Les grandes marques de prêt-à-porter connaissent bien ces mécanismes de notre cerveau et facilitent notre incitation à l’achat en proposant de nouvelles collections de plus en plus souvent, en proposant sans cesse des ventes privées, des soldes et toute autre suggestion permettant de croire qu’on fait une bonne affaire.

Enfin, la publicité toujours plus ciblée et presque invisible, parce que fondue dans le contenu de nos réseaux sociaux, nous encourage toujours plus à dépenser pour un sweat qui sera probablement peu porté.


A ce point de l’article, il semble clair que nous sommes programmés pour faire vivre cette industrie encore longtemps. Mais il existe des solutions pour éviter de craquer à chaque premier jour de soldes ou de ventes privées. Nous vous en proposons ici quelques-unes, avec différents niveaux d’engagement.


changer le régime alimentaire de sa garde-robe


Dans un processus d’achat de vêtements, parfois compulsif, plus vous êtes incité à acheter vite, plus vous succombez. Avez-vous déjà remarqué que sur la plupart des sites de vente de vêtements en ligne, on vous indique toujours « dernières paires restantes » ou « 3 personnes l’ont déjà dans leur panier » ? Moins vous réfléchissez, plus vous achetez. Pour faire face à cela, le premier réflexe est d’opter pour la méthode BISOU. Ce tendre acronyme, proposé dans le livre « J’arrête de surconsommer, 21 jours pour sauver la planète et mon porte-monnaie » du blog « La salade à tout », n’est autre qu’une technique de questionnement de l’achat. BISOU pour Besoin ? Immédiat ? Semblable ? Origine ? Utile ? autant de petites questions à se poser avant de craquer. Cela revient à appliquer la technique « de grand-mère » : Si tu as envie d’acheter quelque chose, laisse passer une nuit / deux jours / une semaine. Si tu y penses encore, alors l’envie et/ou le besoin sont réels, tu peux l’acheter ! »


Une fois le besoin ou l’envie validé, on cherchera plutôt à opter pour la qualité que pour la quantité. La planète préfèrera toujours que vous achetiez un t-shirt à 30€ que 10 t-shirt à 3€ et vous aurez certainement plus de plaisir à posséder un vêtement qualitatif, qui dure. Cela vous incitera d’autant plus à en prendre soin, à laver de manière responsable. Et rappelez-vous que l’entretien représente 37% de l’empreinte carbone d’un vêtement ! Double raison pour prendre soin de ses habits !


De plus en plus de marques apparaissent sur le marché de la mode en se revendiquant slow, éco, responsable ou green. Si de nombreuses initiatives sont à saluer, il convient toujours d’être attentif à un éventuel greenwashing : avez-vous des informations sur les conditions de production des vêtements ? Sur la provenance des matières premières ? Sans entrer ici dans le détail des différents labels, il peut être intéressant de vérifier par exemple si les indications GOTS, Oeko Tex ou Ecolabel sont mentionnées. Quelles sont les conditions de livraison et de renvoi ? Si vous pouvez renvoyer trop facilement, vous achetez trop facilement quelque chose qui ne vous ira peut-être pas. Les frais d’envoi assurent une réflexion antérieure à l’achat, et un service fait dans de meilleures conditions. Par ailleurs, il est toujours préférable d’aller en boutique pour essayer, se rendre compte mais aussi limiter les trajets de livraison.



Ces propositions de solutions concernent l’achat de vêtements neufs. Mais si vous jouez au défi Rien de Neuf par exemple, acheter d’occasion peut être une manière vraiment responsable de renouveler sa garde-robe. Vide-dressings, sites en ligne, les solutions sont nombreuses aujourd’hui pour acheter moins de vêtements neufs. Les occasions ne manquent pas (sic) mais méfions-nous tout de même de deux effets rebond qui leur sont associés : le sur-achat, qui consiste à acheter plus de vêtements que nécessaire parce que c’est peu cher et d’occasion, et la question des livraisons, et donc du transport, démultipliées par de petits véhicules qui transportent peu de charges. Se faire plaisir et se sentir bien dans ses baskets, oui. Surconsommer à outrance, même d’occasion, pas vraiment.


Enfin, on peut aussi proposer des échanges de vêtements. Le principe est simple : vous réunissez quelques amies et amis (dont vous appréciez la garde-robe tant qu’à faire), vous fixez un créneau et vous apportez les vêtements que vous ne portez plus. Ils feront certainement le bonheur d’un ou d’une autre et vous passerez un bon moment. Troc, don, vente, à vous de définir les règles, mais cela permet de renouveler sa garde-robe, donc de satisfaire son besoin de nouveautés, et de s’intégrer au groupe ! En plus, vous échangez des vêtements dont vous pouvez connaître l’histoire, ce qui leur donne une valeur toute différente à vos yeux.


Étant moi-même couturière amatrice, je ne peux pas passer à côté de la question de la confection maison de vêtements. C’est d’ailleurs aujourd’hui une des raisons qui me pousse à coudre des vêtements qui me vont et qui ont une valeur certaine, puisque j’y ai consacré du temps, de la conception à la confection. Pour ceux et celles que la machine à coudre intéresse, on trouve de plus en plus de livres, de patrons, de sites, de tissus en ligne pour se lancer ou progresser. Cela dit, là encore, il est préférable de questionner ses pratiques : acheter du tissu à tout-va dont la provenance ou la composition est mal connue revient au même que d’acheter un t-shirt dont on ne connaît pas les conditions de fabrication. Cela peut même être pire si on ne fait finalement rien du tissu et qu’on finit par acheter un t-shirt du prêt-à-porter.

Mais heureusement, il y a aujourd’hui de très belles entreprises qui donnent un maximum d’informations sur leurs tissus et qui essaient de les produire avec un impact le plus diminué possible. J’en citerai trois qui me sont chères :

  • Amandine Cha, qui propose des tissus tissés, ennoblis et teints en France, sur d’anciennes machines restaurées.

  • Fil Etik, un site de vente en ligne qui offre une sélection de tissus bios, avec une exigence de plus en plus poussée au fil du temps.

  • 1083, une marque de jeans française, qui fait en sorte que la distance parcourue par le jean soit de 1083 km au maximum (hors importation du coton). Ils vendent également du tissu au mètre.


Pour finir, prendre soin de ses vêtements et les faire durer dans le temps sont aussi des solutions pour éviter de remplir son placard à l’excès. Choisir la bonne température de lavage, avec une lessive écologique, faire prendre un coup de vent et de soleil pour le séchage réduira très nettement l’impact de l’entretien. Repriser un jean ou raccourcir une jupe allongent la durée de vie, le nombre de fois où le vêtement est porté. Et si l’envie vous prend de regarder votre garde-robe sous un autre œil, vous pourriez même y voir de nouvelles associations et avoir le sentiment de renouvellement qui apporte tant de plaisir.



Finalement, l'ensemble de ces propositions permet de se questionner sur la valeur que nous voulons donner au vêtement : pièce jetable ou pièce durable ?


Au-dela du vêtement : s'informer et exiger d'autres possibles


La question de la provenance et des conditions de fabrication des vêtements est beaucoup revenue dans cet article. Pour autant, c’est encore très difficile d’avoir des informations précises. L’étiquette indique à peu près le pays de fabrication mais rien sur les lieux de culture ou de tissage des fibres. Pour faire avancer les choses, un mouvement international est né juste après l’effondrement d’un bâtiment de confection de vêtements au Bangladesh, le Rhana Plazza en avril 2013, causant la mort de 1138 personnes. Fashion Revolution, en plus de fournir de multiples ressources d'informations, nous invite à questionner directement nos marques préférées de prêt-à-porter en leur demandant directement sur les réseaux sociaux : qui fait mes vêtements ? qu’y a-t-il dans mes vêtements ? Sur Instagram ou Facebook, vous pourrez ainsi voir apparaître des photos avec le mot-dièse #whomademyclothes (qui a fait mes vêtement ?). Et si vous aussi, vous les interrogiez ?



Le site We Dress Fair met à disposition des internautes une liste, établie selon des critères précis, de marques de prêt-à-porter assurant une transparence sur les conditions sociales et écologiques de production. On y trouve aussi de nombreuses sources d’informations sur le sujet.

A citer aussi, un récent documentaire d’arte très complet qui dresse un portrait de cette industrie fast-fashion, de ces processus aux conséquences pas toujours visibles.


La question de la mode et de la garde-robe est une question éminemment personnelle et intime. Chacun établit ses besoins et fait ses achats selon ses propres valeurs, ses envies, ses goûts. Il n’est pas question ici de juger des pratiques personnelles mais de proposer des informations menant à la réflexion et de suggérer d’autres modes de consommation qui peuvent apporter autant de joie, sous une autre forme.


Et vous, quelles sont vos autres possibles en matière de mode et de garde-robe ?


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